La Colombie, un champ de mines : l’urgence de libérer les terres

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Depuis 1990, plus de 11 500 personnes ont été victimes de mines en Colombie. Pauline Boyer, coordinatrice des opérations de déminage pour Handicap International (HI) dans le pays, rappelle pourquoi il est urgent de dépolluer ces terres.

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Pauline Boyer, coordinatrice des opérations de déminage pour Handicap International en Colombie

Pourquoi le déminage est-il une priorité pour HI en Colombie ?

La Colombie, touchée par plus de cinquante ans de conflit, est le deuxième pays qui compte le plus de victimes de mines[1], après l’Afghanistan.  31 des 32 départements du pays sont minés. HI a été officiellement désignée par le gouvernement colombien pour dépolluer les terres de trois départements. Pour l’association, déminer est essentiel : nous voulons sauver des vies et éviter que de nouvelles personnes ne soient blessées et handicapées. Nous voulons aussi permettre à de nombreux paysans et populations indigènes de cultiver à nouveau leurs terres, de pouvoir faire paitre leur bétail, d’avoir accès aux infrastructures médicales et aux écoles. En déminant, nous favorisons le développement économique du pays et nous contribuons à restaurer la paix après des années de conflit.

Où HI mène-t-elle ses opérations de déminage ?

Nous menons des enquêtes relatives à la localisation des mines[2] et autres engins explosifs depuis février 2017 dans les départements du Cauca, du Meta et de Caquetá, et avons lancé nos premières activités de déminage en juin 2017 sur la zone de La Venta (411 m2) à Cajibío (Cauca). Ces départements ont été particulièrement touchés par le conflit. Nous venons également de démarrer nos activités de déminage à Vista Hermosa, dans le Meta. Toutes les conditions sont réunies afin de permettre un travail efficace et sécurisé dans ce contexte d’après-guerre.

Quel est le profil des démineurs ?

Il s’agit, en grande partie, de membres de communautés indigènes (dans le Cauca), et d’habitants de zones rurales. Les démineurs contribuent donc directement à la libération de leurs propres terres, ce qui est très valorisant. Les équipes comptent également un nombre important de jeunes pour lesquels devenir démineur est une bonne opportunité professionnelle. Nous nous efforçons également de recruter des femmes dans nos équipes avec, pour objectif, qu’elles  comprennent au minimum 40% de femmes.

Quelles qualités faut-il avoir pour être démineur ?

Il faut être motivé, avoir de l’expérience (pour les postes de responsable) et avoir une bonne condition physique (les combinaisons pèsent plus de cinq kilos et les démineurs doivent parfois rester des heures agenouillés). Il faut aussi être flexible : être prêt à vivre six semaines en collectivité dans un camp, sous tente, et se déplacer fréquemment. Tous les démineurs recrutés ont suivi une formation intensive d’un mois à Cajibío en janvier 2017. Ils ont notamment appris à  reconnaitre les différents types d’engins explosifs, à les neutraliser, à informer au sujet des risques de mines et à réagir en cas d’accident.[3].

Est-ce difficile de déminer en Colombie ?

Le contexte varie d’un département à l’autre, mais, en Colombie, les engins explosifs improvisés sont confectionnés de manière artisanale et ne contiennent pas toujours de métal,  ce qui complique le travail de détection et de dépollution des terres. De plus, bien que les accords de paix aient été signés entre le gouvernement et les FARC, d’autres groupes armés et organisations criminelles sont toujours présents, et se réapproprient les terres qui étaient précédemment aux mains des FARC. Ce contexte ‘post-conflit’ est donc changeant et instable. On doit donc s’adapter constamment.

Quelle est la spécificité de HI concernant les activités de déminage ?

Grâce au soutien que nous apportons aux victimes de mines dans les communautés indigènes depuis de nombreuses années (réadaptation, insertion professionnelle, soutien psychologique, défense de leurs droits), nous avons établi un lien de confiance avec ces populations. Nous sommes en dialogue constant avec ces communautés, afin de leur rappeler qui nous sommes et d’obtenir leur accord  pour déminer leur ‘Madre Tierra’[4]. Cette relation de confiance est cruciale.

 


[1] 11 508 victimes depuis 1990.

[2] Enquêtes qui consistent à interroger les populations locales afin de déterminer la localisation des mines et autres engins explosifs,  ainsi que leur impact sur les communautés..

[3] Ils ont notamment appris à  reconnaitre les engins explosifs improvisés, à les désamorcer, à informer au sujet des risques de mines et à réagir en cas d’accident.

[4] La Terre Mère : les indigènes accordent une valeur suprême à la terre, la respectent et la défendent, notamment contre l’exploitation minière.

Publié le 09.11.2017 - 09:53.

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