« Il faut que l’on puisse vivre… »

L’année dernière, Jihan a été gravement brûlée lors d’un bombardement à Mossoul. Il y a un mois, elle a fui la ville avec sa famille et a trouvé refuge dans le camp de Hasansham, au Kurdistan irakien. Une équipe de Handicap International a rencontré la jeune femme et lui a proposé une séance de physiothérapie, durant laquelle elle a appris les bons gestes à faire chaque jour pour se sentir mieux.

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Jihan, dans la tente familiale.

« Ce jour-là, nous étions tous chez nous », explique Jihan lorsqu’elle parle de l’accident.» « Le soleil se couchait et j’étais partie dans la cuisine pour préparer le diner. Notre maison a été bombardée et un missile a explosé juste devant moi. » La jeune fille interrompt son récit et invite timidement Diana, travailleuse sociale de Handicap International, à la suivre à l’arrière de la tente. Là, elle enlève plusieurs couches de vêtements et laisse apparaître une partie de son corps. Ses bras, son buste et ses épaules sont complètement brûlés. « J’ai immédiatement été amenée à l’hôpital et j’y suis restée pendant une vingtaine de jours, mais les docteurs ont mal traité mes blessures. Aujourd’hui, j’ai mal au niveau des épaules et je souffre à chaque fois que je lève mon bras. »

A sa sortie de l’hôpital, Jihan est emmenée dans un centre de réadaptation pour grands blessés. Elle y reste pendant neuf mois. D’autres personnes de sa famille sont également en convalescence, notamment son petit frère, aveuglé par un éclat d’obus reçu dans l’œil pendant le bombardement. Une fois que son état et celui de Jihan le permettent, la famille décide de fuir Mossoul. « Outre nos blessures, la vie là-bas n’était tout simplement plus possible », indique Sheima, leur mère. « Nous témoignions d’éxécutions publiques quotidiennes et nous nous demandions constamment quand notre tour viendrait. On vivait dans une peur permanente. »

La famille fuit d’abord de l’ouest de Mossoul vers l’est de la ville. Jihan et ses proches partent de nuit, à pieds, pour ne pas se faire repérer. Puis, le 29 décembre dernier, ils arrivent finalement dans le camp de Hasansham, au Kurdistan irakien. « La route jusqu’ici a été très dure », ajoute Sheima, « mais grâce à Dieu, nous avons survécu. » Bien que la famille se trouve désormais en sécurité, Jihan admet que la vie dans le camp est loin d’être évidente. L’adolescente aimerait reprendre ses études mais doit subvenir aux besoins de sa famille.  « Il faut que l’on puisse vivre… » dit-elle, « Alors si je suis fatiguée et que mes blessures me font mal, je travaille tout de même… »

Jihan écoute les conseils de Mohamad. © E. Fourt / Handicap International

Pour continuer d’avancer, Jihan se concentre aussi sur sa santé. Elle reproduit consciencieusement les gestes préconisés par Mohamad, physiothérapeute de l’association, pour moins souffrir au quotidien. Et, quand le temps le lui permet, elle oublie le présent et rêve de l’avenir. Elle évoque alors son fiancé, encore bloqué à Mossoul, qui l’appelle aussi souvent que possible. Un sourire illumine son visage, contrastant avec sa tenue sombre. Jihan espère qu’ils seront bientôt réunis et qu’ils pourront enfin se marier. « Alors, nous chercherons ensemble un lieu où nous retrouverons la paix », conclut-elle.