« Je veux juste vivre en sécurité »

  • Irak

Salah est paralysé suite à un bombardement survenu à Mossoul, en mars dernier. Sa fille de huit ans est décédée ce jour-là. Salah vit désormais avec le reste de sa famille dans un camp de déplacés, où une équipe de Handicap International (HI) lui rend visite.

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Salah_Testimony
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Salah, à l’extérieur de sa tente, dans le camp de Hasansham.

Aujourd’hui, la température dans le camp de Hasansham, à l’est de Mossoul oscille entre 40 et 50 degrés. Entouré de ses proches à l’extérieur de leur tente, Salah est allongé à même le sol, visiblement fatigué. « Il fait si chaud ici, nous ne pouvons pas rester enfermés », explique-t-il alors qu’il tapote sur sa jambe avec une petite cuillère en bois. « Cette cuillère est devenue ma meilleure amie depuis mon accident. Elle ne me quitte plus », commente-t-il avec un rire nerveux. Le père de famille tente, comme il le peut, d’atténuer la douleur qui semble ne plus le quitter ces derniers mois. Il espère aussi, un jour, pouvoir ressentir à nouveau quelque chose en dessous de ses genoux …   

 

« Des missiles nous sont tombés dessus »

 

Mohammad, physiothérapeute de Handicap International, s’installe à côté de Salah. Voilà plusieurs semaines que le professionnel de l’association l’accompagne avec des sessions de réadaptation. « Nous lui avons également fait don d’un fauteuil roulant, d’un déambulateur et d’un lit, pour faciliter sa vie quotidienne dans le camp », explique-t-il.  Alors que la séance de physiothérapie commence, Salah se remémore son accident : « Des missiles nous sont tombés dessus. J’ai immédiatement perdu connaissance. Je me suis réveillé à l’hôpital et on m’a annoncé que j’avais des éclats d’obus dans la colonne vertébrale et que je ne pourrais plus jamais marcher. On m’a également dit que ma fille était décédée ce jour-là. »

Les yeux du père de famille se mettent à briller. Il interrompt les exercices, essuie ses larmes puis dit au physiothérapeute de l’association : « Allez, on reprend… ».  Les sessions de réadaptation semblent aider Salah à aller de l’avant, à faire le deuil de ce qui s’est passé et à s’adapter lentement à sa nouvelle situation. Mohammad encourage Salah au fil des exercices et tente de le motiver autant que possible. « J’ai connu Mohammad peu après mon arrivée dans le camp », explique le père de famille. « Mon voisin est venu me voir et m’a dit qu’il connaissait quelqu’un qui aidait les gens comme moi. Mohammad m’a rendu visite dans ma tente. Il m’a donné des un fauteuil roulant et un déambulateur  et depuis, il me fait faire des exercices de renforcement musculaire. Handicap International est la seule association qui m’a aidé depuis mon arrivée dans le camp. Ces sessions m’aident à avancer. » Le père de famille s’applique à faire ses exercices chaque jour, pour éviter de trop penser.

Lorsqu’on l’interroge sur l’avenir, Salah dit qu’il ne sait pas s’il retournera à Mossoul un jour. « J’y ai tout perdu… Et la mort de ma fille me hante encore... Maintenant, tout ce que je veux, c’est juste vivre en sécurité. Et dans un pays où je pourrai être correctement soigné », conclut-il alors que la session de réadaptation touche à sa fin.