« Les réfugiés rohingyas vivent dans des conditions inhumaines »

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Plus de 600 000 Rohingyas sont arrivés au Bangladesh depuis le 25 août dernier, fuyant la Birmanie voisine. Handicap International (HI) a mis en place un ensemble d’actions humanitaires d’urgence pour aider les réfugiés qui ont fui dans le dénuement le plus total. Gilles Nouziès, responsable du bureau Asie pour HI, s’est rendu sur place pour organiser l’intervention avec les équipes. Il décrit une situation humanitaire effroyable.

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Réfugiés rohingyas attendant sur le bord de la route dans l’espoir d’obtenir une distribution humanitaire

Vous avez passé plus d’une semaine sur place. Que pouvez-vous nous dire sur la crise humanitaire des Rohingyas ?

Je me suis rendu au camp de Kutupalong, qui est le principal  camp de réfugiés accueillant  plus de 400 000 personnes qui ont fui la Birmanie. Le paysage humain qu’offre ce camp est vertigineux. Ce sont des tentes à perte de vue qui s’étalent sur près de 2 500 hectares, soit la superficie d’une ville moyenne française comme Rouen. Ce qui frappe, c’est qu’il n’y a aucun espace public, aucun endroit prévu pour tenir des activités collectives. Le camp est un alignement infini de tentes séparées par des chemins d’un mètre de large et quelques routes difficilement praticables. Les abris temporaires sont faits de bâches plastiques, tenues par une armature de bambous. A la moindre tempête, tout sera balayé. Un abri fait une vingtaine de mètres carrés. Il accueille deux familles en moyenne, soit une petite dizaine de personnes.  Cela revient à 1,5 mètre carré par personne ! La promiscuité est très forte. Ce sont des conditions de vie inhumaines.

C’est la même situation partout ?

A peu près oui. Unchiprang est un camp plus petit avec environ 30 000 réfugiés, situé un peu plus au Sud dans une zone de collines argileuses. Tous les arbres ont été coupés pour la chauffe ou la construction d’abris, ce qui fait qu’il n’y a plus un arbre debout, la terre est à nue, avec des risques de glissements de terrain. Le pire, ce sont les eaux usées, notamment celles des sanitaires, qui se déversent du sommet des collines vers la plaine où se trouvent les terres cultivées. Ces dernières sont maintenant totalement contaminées par les eaux sales et les boues.

Quelles sont les problèmes à résoudre tout de suite ?

Il faut améliorer l’accès à l’eau potable et l’écoulement des eaux usées. Il n’y a déjà naturellement pas beaucoup d’eau potable dans cette région. Creuser des puits est difficile. Les gens puisent de l’eau venant de nappes phréatiques peu profondes contaminées par les matières fécales, phénomène courant lors d’une telle concentration démographique. Cela pose un vrai risque d’épidémie. Beaucoup d’enfants que j’ai vus ont des problèmes de peau, sont couverts de boutons. L’accès à l’aide humanitaire est un autre problème : une personne à mobilité réduite ne peut pas se déplacer dans des chemins étroits, boueux, parfois escarpés, et  qui deviennent glissants quand il pleut, qui séparent les abris. Une femme seule avec ses enfants, qui ne veut pas les laisser seuls dans un abri, ne peut pas bénéficier d’une distribution de nourriture alors que la plupart d’entre elles se font en lisière de camps. Il nous faut mettre en place des mécanismes de distribution au plus près des réfugiés les plus vulnérables. 

Dans une telle crise, la situation des personnes vulnérables doit être particulièrement dramatique…

Effectivement et c’est pour cela que l’identification de ces personnes dites vulnérables (femmes enceintes, personnes âgées, handicapées, enfants isolés, personnes blessées ou malades…) et de leurs besoins est primordial. Handicap International a une expertise reconnue dans ce domaine et c’est le travail que nous effectuons avec nos 7 équipes mobiles qui depuis plusieurs semaines déjà sillonnent les camps, dispensent également une aide médicale de base, des soins de réadaptation et psychologique, ainsi que des informations sur les autres services, et aiguillent les réfugiés. Nous avons également 7 centres d’accueil placés au milieu des camps qui font un travail similaire. Et depuis la semaine dernière, nous soutenons également le Haut Commissariat aux réfugiés dans les points de transit qu’il a mis en place à la frontière  pour l’identification des nouveaux arrivés et repérer les plus vulnérables. C’est un travail extrêmement important car les personnes vulnérables constituent une partie importante de réfugiés.  

Qu’est-ce qui fait la caractéristique de cette crise ?

Son ampleur ! Le fait qu’on est face à une population aussi importante dans un temps aussi court, c’est du jamais vu.  Et le fait que cela ne s’arrête pas. On est en action d’urgence depuis deux mois, le flux de population ne stabilise pas et chaque semaine, l’arrivée de nouveaux réfugiés nous oblige à nous à adapter constamment.

Selon une étude menée par HI pour le Haut Commissariat aux Réfugiés début septembre sur les besoins humanitaires de 2 000 personnes déjà identifiées comme vulnérables : toutes les personnes ont désespérément besoin de vêtements, d'eau potable, de nourriture et d'abris. Plus de 65 % d'entre elles ont besoin de soins psychosociaux d’urgence après avoir vécu des expériences traumatisantes. Plus de 7 % des personnes évaluées sont handicapées, ayant un besoin urgent de réadaptation fonctionnelle et d’équipement pour leur mobilité (béquilles, fauteuil roulant, etc.). Les personnes âgées sont pour la grande majorité sans aide aucune.

Votre don doublé!

Comme annoncé par le Gouvernement Canadien, pour chaque don admissible versé entre le 25 août 2017 et le 28 novembre 2017 par un particulier à un organisme de bienfaisance canadien enregistré, le gouvernement versera un montant équivalent au Fonds de secours pour la crise au Myanmar.

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Publié le 26.10.2017 - 06:01.

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