20 ans du texte du Traité d’Ottawa : les mines antipersonnel restent une menace à combattre

  • Mines et autres armes

Il y a 20 ans, le texte du Traité d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel était adopté, marquant une victoire diplomatique sans précédent dans la lutte contre les armes des lâches. Grâce à lui, le nombre de victimes a diminué, des millions de mines ont été détruites et l’utilisation de ces armes a été quasiment stoppée. Néanmoins, depuis 2014, les nombreux conflits en cours voient l’utilisation de mines augmenter, et le nombre de leur victime s’accroître.

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Le démineur Souleye en train de tester le matériel (matramines et détecteur de métaux) sur une zone de test à l'entrée du village du Diagnon, à l'est de Ziguinchor.
Le démineur Souleye en train de tester le matériel (matramines et détecteur de métaux) sur une zone de test à l'entrée du village du Diagnon, à l'est de Ziguinchor.
Le démineur Souleye en train de tester le matériel (matramines et détecteur de métaux) sur une zone de test à l'entrée du village du Diagnon, à l'est de Ziguinchor.

L’anniversaire du texte Traité d’Ottawa est l’occasion de rappeler aux États qu’ils doivent rester mobilisés contre les mines, pour que cesse définitivement toute utilisation, que les financements nécessaires à leur éradication soient à hauteur de la tâche encore à accomplir et pour que les victimes ne soient pas oubliées.

Le texte final du Traité d’Ottawa a été adopté le 18 septembre 1997, sous l’impulsion de la Campagne Internationale pour interdire les mines antipersonnel (ICBL) dont Handicap International (HI) est membre fondateur, et du Ministre canadien des Affaires étrangères de l’époque, Lloyd Axworthy. Il interdit l’emploi, la production, le transfert et le stockage des mines antipersonnel et prévoit l’assistance aux victimes. Il s’agissait d’une première mondiale et d’une très grande victoire pour les États et les associations mobilisées : c’était la première fois qu’un traité interdisant une arme conventionnelle était adopté. Le Traité a été ouvert à signature les 3 et 4 décembre 1977 à Ottawa. Il est entré en vigueur le 1er mars 1999.

Les mines, encore présentes dans 63 pays et territoires, continuent de blesser et de tuer. Presque toutes les heures, une nouvelle victime de ces armes est recensée dans le monde,déclare Anne Héry, directrice du Plaidoyer à Handicap International (HI). Plus des trois quarts de ces victimes sont des civils et un tiers d'entre elles sont des enfants. L’utilisation des mines et des engins explosifs improvisés faisant office de mines a augmenté en 2015. Même si nous observons des progrès indéniables dans la lutte contre les mines, notre combat n’est pas terminé. Nous devons rester vigilants contre cette arme et continuer à mobiliser les États pour débarrasser la Terre de ce fléau et apporter une assistance aux victimes sur le long terme. »

Le Traité d’Ottawa a connu en 20 ans un succès indéniable. Il compte aujourd’hui 162 États Parties, soit plus de 80 % des nations du monde ; 28 États et un territoire ont finalisé leurs programmes de déminage depuis que le Traité est entré en vigueur en 1999 ; au moins 2 200 km² de terres minées ont été dépolluées, soit presque 2 fois la superficie de Londres ; 51 millions de mines stockées par les États ont été détruites. L’utilisation des mines antipersonnel est désormais largement stigmatisée à travers le monde.

Le nombre annuel de victimes recensées a d’abord été divisé par 10 grâce à l’entrée en vigueur du Traité en 1999, passant de plus d’environ 30 000 victimes au début des années 1990 à 3 353 en 2013. La vaste majorité des victimes des mines antipersonnel sont des civils (78 % en 2015).

Cependant, depuis 2014, le nombre de victimes repart à la hausse après 15 ans de baisse presque continue. Le rapport 2016 de l’Observatoire des mines qui dresse le bilan de l’application du Traité d’Ottawa montre ainsi que le nombre de nouvelles victimes de mines antipersonnel et restes explosifs de guerre a quasiment doublé entre 2014 et 2015 : au moins 6 461 personnes ont été tuées ou blessées par ces armes en 2015, contre 3 695 en 2014, soit une augmentation de 75 %. Ce chiffre représente le bilan le plus élevé enregistré par l’Observatoire depuis 2006.

« À l’occasion de la célébration du 20 anniversaire du Traité d’Ottawa, Handicap international appelle la communauté internationale à aller jusqu’au bout de l’ambition du Traité et de ses obligations, déclare Anne Héry, directrice du Plaidoyer à Handicap International : déminer les zones polluées pour éradiquer la menace que font encore peser les mines antipersonnel sur les populations ; détruire les stocks, intensifier l'assistance aux survivants et à toutes les familles victimes ; interpeler les derniers États non Parties au Traité et accroître les financements dédiés à la lutte contre les mines et les restes explosifs de guerre. »

Cette augmentation s’explique par des bilans particulièrement lourds dans les zones de conflit en Afghanistan, en Libye, en Syrie en Ukraine et au Yémen. En 2015, ces pays enregistraient en effet, la majorité des nouvelles victimes des mines antipersonnel - industrielles ou de fabrication artisanale – et restes explosifs de guerre : Afghanistan (1 310), en Libye (1 004), au Yémen (988), en Syrie (864) et en Ukraine (589). À eux seuls, ces 5 pays représentent 74 % des victimes enregistrées en 2015.

Par ailleurs,  jamais l’Observatoire n’a comptabilisé autant de victimes de mines artisanales (engins explosifs fabriqués par les belligérants faisant office de mines) depuis la publication de son premier rapport annuel en 2000 : elles sont 1 331 soit 21 % des victimes recensées en 2015, un chiffre très certainement en dessous de la réalité.

Publié le 18.09.2017 - 11:35.

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