Risques de famine en Afrique de l'Est: questions & réponses avec Xavier Duvauchelle

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Une grave crise alimentaire s’abat sur l’Afrique de l'Est, au Nigeria et au Yémen. Dans cette interview, Xavier Duvauchelle, chef régional pour Handicap International dans la région, illustre l'ampleur de la catastrophe et explique comment nos équipes sur le terrain réagissent.

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© Camille Lepage / Handicap International
© Camille Lepage / Handicap International
Plus de 15 000 personnes ont trouvé refuge dans le camp de déplacés de UNMISS à Juba 3, Soudan du Sud, suite aux violences qui ont surgies le 15 décembre 2013.

Les Nations Unies ont souligné que cette crise était sans précédent. Qu'est-ce que cela signifie pour les groupes humanitaires sur le terrain ?

Xavier: « Il est difficile de comprendre l'étendue de la souffrance dans la région en ce moment. 20 millions de personnes au Soudan du Sud, en Somalie, au Yémen et au Nigéria sont confrontées à des niveaux critiques d'insécurité alimentaire. C'est un chiffre terrifiant - l'équivalent d'un tiers de la population de la France ! Tous les jours, depuis des mois, ces 20 millions de personnes tentent de trouver suffisamment de nourriture pour nourrir leurs proches. Tragiquement, dans certaines régions, les gens meurent déjà de la famine et de maladies sous-jacentes. »

« Nos équipes en Afrique de l'Est ont vraiment peur parce que nous nous souvenons tous de la crise alimentaire en 2011 qui a causé 271 000 morts. D’après les dernières statistiques et nos observations sur le terrain, nous serions maintenant confrontés à une catastrophe beaucoup plus grande. Sans une intervention radicale, nous risquons d’être témoins d’un niveau de souffrance humaine jamais vu depuis au moins 70 ans. »

La réponse d'urgence adéquate face à une crise alimentaire est-elle simplement une distribution de nourriture ?

Xavier: « En situation de crise, nous savons que certaines personnes ont plus de difficultés que d'autres et peuvent rapidement devenir extrêmement vulnérables. Lorsque la nourriture est insuffisante, les personnes les plus à risque de malnutrition ou d'autres complications sont les personnes âgées, les personnes ayant une déficience physique ou mentale, les bébés et les femmes enceintes. Prenez comme exemple les personnes avec des problèmes de mobilité. Pour elles, voyager sur de longues distances est beaucoup plus difficile et elles doivent se résoudre à utiliser leurs économies pour le transport; souvent, elles se retrouvent séparées des autres personnes de leur communauté qui savent comment les aider ou les soigner. Même une fois en sécurité, elles ne sont souvent pas en suffisamment bonne condition physique pour faire la queue pendant de longues périodes afin d’obtenir de l'aide alimentaire ou pour pomper et transporter de l'eau. »

« Handicap International comprend les besoins spécifiques des personnes vulnérables en situation de crise et notre expertise est précieuse pour les partenaires qui coordonnent la réponse humanitaire. Nous proposons des changements simples mais efficaces, notamment en veillant à ce que les personnes à mobilité réduite aient accès aux points d’eau et en formant les travailleurs humanitaires à identifier et à soutenir les personnes ayant des besoins supplémentaires. Il est essentiel que les personnes les plus à risque ne soient pas oubliées ou laissées de côté. »

Avec 20 millions de personnes à risque, comment donner votre priorité à vos activités ?

Xavier: «Les besoins et les défis varient considérablement en fonction des pays et des régions. Nous évaluons toujours nos interventions en fonction des besoins les plus importants, en demeurant en coordination avec les autres. »

« À titre d'exemple, nous avons assisté, au cours des derniers mois, à une augmentation record de réfugiés sud-soudanais arrivant dans le nord de l'Ouganda et en Éthiopie occidentale. Nous sommes particulièrement préoccupés par le nombre effarant d'enfants de moins de cinq ans qui arrivent souffrant de malnutrition grave et aiguë. Ces enfants présentent un risque d'infection extrêmement élevé et leur croissance et leur développement cognitif peuvent  être affectés. Nous avons dès lors mis sur pied un plan de financement d'urgence afin de créer un programme de revalorisation physique dans la région. Nous allons fournir des physiothérapeutes spécialement formés pour travailler en partenariat avec d'autres professionnels de la santé afin de s'assurer que tous les bébés et les enfants affectés aient les meilleures chances de rétablissement complet. »

Handicap International est l'une des rares ONG présentes au Soudan du Sud. Pouvez-vous décrire la situation là-bas et le travail que vous menez ?

Xavier: « La situation au Sud-Soudan est extrêmement dangereuse et tous les groupes humanitaires sont confrontés à d'énormes problèmes de sécurité lorsque vient la question de rejoindre les personnes dans le besoin. Les routes sont infranchissables dans certaines conditions et les groupes armés représentent une menace très réelle pour les humanitaires. »

« Pour répondre à la situation à mesure qu'elle évolue et pour couvrir autant de domaines que possible, Handicap International utilise une «équipe volante». Il s'agit d'une équipe de professionnels spécialisés dans un large éventail de domaines différents, tels que la réadaptation et le soutien psychosocial. Ils sont en mesure de visiter des camps pour personnes déplacées et de travailler en collaboration avec d'autres organisations. Malgré les défis, l'équipe est capable d'atteindre les personnes dans le besoin et de les mettre en contact avec les services appropriés. En fournissant un soutien à la mobilité et un accès équitable à la nourriture, à l'eau et aux soins de santé, leur travail produit une différence positive pour les personnes qui ont été déracinées dans leurs maisons. »

Sur la base de votre expérience et des évaluations récentes dans les pays touchés, quelles sont les débouchés de cette crise ?

Xavier: « Il est clair que la situation se détériorera dans les mois à venir pour plusieurs raisons. Tout d'abord, dans la région de la Corne de l'Afrique, la 2ème saison des pluies vient de commencer, avec plusieurs semaines de retard. Il est peu probable qu'elle soit suffisante pour générer une production alimentaire suffisante. »

« Deuxièmement, les principales causes de la pénurie de nourriture sont, notamment, les conflits armés actuellement en cours. Des centaines de milliers de personnes fuient la violence au Soudan du Sud, en Somalie et au Nigéria. Ces individus ont laissé derrière eux leurs terres, leurs animaux et leurs emplois, ce qui signifie qu'ils ne sont pas capables de produire leur propre nourriture ou de générer des revenus pour en acheter. Malheureusement, il n'y a aucune indication que ces conflits ne s’estompent, ce qui signifie qu'un nombre massif d'individus dépendants aux aliments alimentaires seront déplacés. 1 million de réfugiés du Sud-Soudan devraient être installés en Ouganda d'ici la fin de 2017, par exemple. »

« Cette situation devrait en fait empirer parce que la réponse internationale a été trop lente. Même si nous observons son évolution depuis plusieurs mois, la crise a eu du mal à attirer l'attention. L'ONU a appelé 4,4 milliards de dollars en mars et seulement 21% ont été amassés jusqu'à présent. Il semble s’agir de problèmes politiques mais, pour être très clair, sans cet argent pour de l’assistance d’urgence, beaucoup de gens vont mourir. »

Publié le 21.04.2017 - 12:46.

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